La réponse est complexe. Les copines ont beau jouer les indifférentes, il n'empêche qu'elles surkiffent David Beckham (avec Djibril Cissé, les footballers sont surreprésentés dans la catégorie). Eh oui, pour les femmes, le pétasse est un plaisir honteux, au même titre que le chocolat blanc ou le plug anal : deux choses qu'on niera apprécier mais qui sont dans le deuxième tiroir de la table de chevet. Des mecs qui assument leur érotisme, ça me touche. On mettrait bien la main pour voir. Ensuite, une fois qu'on a mis la main, ça se complique. Au lit, le douchebag veut qu'on voit ses abdos. Il exhibe son tatouage chinois prés du pubis. Il garde ses bijoux, il ne se démaquille pas. Il aime le contact de la Vierge Marie dorée qui rebondit dans sa toison périmammaire.
C'est facile de se moquer, einh ? Mais au de là des clichés, le douchebag, c'est peut être vous. La photo en débardeur sur la page Facebook, avec le muscle discrètement bandé, désolé, mais c'est douchebag à fond. La gourmette aussi. Et l'iPhone. Et l'épilation des narines. Et le club de sport. Et la barbe de trois jours qui reste toujours à la même longueur. Mais au fait, d'où vient ce terme qui nous menace tous et toutes ? En anglais, douchebag signifie "poire à lavement vaginal". Mais on a beau blagguer, les douchebags sont une lame de fond aussi importante que la pilule pour l'égalité homme-femme. Fini le second degré, retour au corps grec, fantasme d'un mâle sublime, huileux même quand sculpté dans du marbre, avec des poignées d'amour en muscle.
Il y a eu le David de Michel-Ange. Puis quelques siècles d'oubli. Puis le retour en grâce, au XXème siècle, d'une beauté masculine premier degrés. On doit ce retour aux Italiens, adeptes de lunettes de soleil et de cheveux gominés, et dénués de tout détachement face à ce corps qui s'aime lui-même. La particularité régionale se fait culturelle avec le développement du hip-hop bling : le rappeur a été le deuxième à se transformer en objet sexuel - se sont toujours les plus machos qui se rendent les plus vulnérables. Aujourd'hui, le phénomène connait une telle ampleur qu'on lui consacre des documentaires (Brice de Nice) et qu'il a ses icônes (Mickaël Vendetta). Jusqu'à récemment, aucun moyen d'en trouver trace dans le dictionnaire. En français, on disait "une" pétasse. Puis "un" pétasse. Comme d'habitude, les Américains ont sauvé le monde : maintenant, les hommes qui se caressent les tétons devant la glace s'appellent des douchebags, et les mâles modernes sont tentés. Si Freud vivait aujourd'hui, il ne théoriserait pas sur l'envie du pénis, mais bien sur l'envie du douchebag.
Alors dans ce monde en permanente évolution, comment être sûr de ne jamais sombrer du côté obscur de la pétasserie ? Faut-il vraiment raser sa barbe de trois jours ? Non. Car l'entrée dans le monde du douchebag se fait par le haut : capillairement, donc. On est douchebag à 100% quand on sacrifie à cette coupe de cheveux qu'on qualifiera d'iroquoise tecktonik, assortie de cheveux rasés sur les côtés, avec des motifs tribaux. Bonne nouvelle : on tient enfin la succession de la coupe mullet. Mauvaise nouvelle : la crête était punk, elle est devenue pétasse. Ce qui en dit long sur la révolte des temps modernes...